Holy motors, Leos Carax : le moteur tourne à vide…

Je conseillerais à ceux qui ont été séduits par la magie insolite et l’étrange poésie de la bande-annonce d’Holy motors de continuer à rêver, et d’imaginer à leur fantaisie les rendez-vous nocturnes de l’énigmatique Monsieur Oscar , car le film est radicalement décevant par rapport à ces images prometteuses. Monsieur Oscar (joué par l’omniprésent Denis Lavant qui exhibe une panoplie complète de métamorphoses ) sillonne Paris la nuit (« c’est beau une ville la nuit » nous dirait Richard Borhinger) dans une limousine blanche conduite par une femme tout aussi mystérieuse . La fin du film nous apprendra qu’il n’est pas le seul à traverser ainsi le royaume des ombres, très belle idée. D’un sérieux imperturbable, très affairé, il se rend à onze rendez-vous au long de la nuit. En fait il s’agit de rendez-vous avec lui-même, des rôles pour lesquels il se prépare et se grime longuement, accessoires à l’appui, au fond de sa voiture (on aura droit aux fausses moustaches, aux perruques, à l’œil de verre, à la fausse peau ridée etc…) . Voici l’hommage aux comédiens, plus précisément au caméléon plutôt cabotin Denis Lavant. Le film est ainsi composé de plusieurs séquences successives sans cohérence , lourdement ponctuées par le retour à la fameuse voiture et sa cabine de maquillage . Exception faite de la promenade nostalgique et sentimentale dans les décombres de la Samaritaine où Kylie Minogue chante une mélodie magnifique (« Who  were we » …) , une séquence qui ne manque ni de grâce ni d’émotion, les rendez-vous tombent à plat , ne présentent souvent aucun intérêt et parfois frôlent le ridicule ou le grotesque . Les dialogues accumulent les clichés sur la vie, la vieillesse et la mort. Denis Lavant est tout à tour un Quasimodo zombie de cimetière, une vieille mendiante, un tueur sanguinaire, un père bienveillant, un riche oncle à l’agonie, le colocataire d’une famille de singes etc…sans qu’il ne se détache de ces multiples incarnations une véritable quête de l’identité . Ce sont des numéros plutôt lourds et ratés, creux mais longuement étirés , de courts hommages que Carax rend au septième art sous toutes ses formes , ou surtout à sa propre filmographie qu’il convient d’avoir bien révisée auparavant pour tenter de trouver un intérêt à cette démarche

 

Edit de Thrasybule: et pour rendre hommage à la scène qu’a malgré tout aimée Nuages, voici la chanson Who were we!

 

Titre original : Holy Motors
Titre français : Holy Motors
Titre québécois :
Réalisation : Leos Carax
Scénario : Leos Carax
Direction artistique : Florian Sanson
Décors : Emmanuelle Cuillery
Costumes : Anaïs Romand
Photographie : Caroline Champetier
Son : Erwan Kerzanet
Montage : Nelly Quettier
Maquillage : Bernard Floch
Manipulation d’images : Jacques Perconte
Musique : Who Were We? par Kylie Minogue et écrite par Leos Carax et Neil Hannon.
Durée : 115 minutes

Denis Lavant : Monsieur Oscar
Edith Scob : Céline
Eva Mendes : Kay M.
Kylie Minogue : Eva/Jean
Jeanne Disson : Angèle
Élise Lhomeau : Léa/Élise
Michel Piccoli : l’homme à la tache de vin
Leos Carax : le dormeur
François Rimbau : homme aveugle
Karl Hoffmeister : spectateur
Bertrand Cantat : un membre de l’orchestre dans l’église