Inside( La Cara Oculta), Andrés Baiz, λάθε βιῶσας


  inside-la-cara-oculta Sacrifiant à la tradition depuis quelques années bien établie d’aller voir avec une collègue pavorophile( je ne sais que penser de ce néologisme) d’aller de concert voir un film d’épouvante, nous avons jeté notre dévolu sur ce film colombien dont le propos avait été largement divulgué dans la bande-annonce que j’avais eu l’occasion de voir à maintes reprises.

inside-la-cara-ocultaNous sommes à Bogotá et les premières scènes nous confrontent avec Adrián, un jeune chef d’orchestre qui noie dans l’alcool son chagrin  après avoir été quitté par sa petite amie Belén qui s’est enfuie en laissant un simple mot d’adieu. Fabiana,  la serveuse du bar, où il boit le calice de l’abandon jusqu’à la lie le récupère dans un état pitoyable, d’où naîtra une relation amoureuse, point de départ du film. Personnalité ombrageuse, introvertie, il plonge d’emblée le spectateur dans une angoisse sourde et larvée, nimbant le film tout entier dans un climat de suspicion diffuse s’inscrivant dans la plus pure tradition hitchcockienne. La suite du film circonscrit le périmètre rigoureux de l’angoisse en mettant au premier plan de la narration la maison cossue qu’Adrián habite à la campagne près de Bogotá. D’emblée s’intensifie un climat d’oppression dont nous sommes les témoins par les yeux de Fabiana : elle  perçoit des phénomènes anormaux à l’intérieur de la demeure qu’elle partage désormais avec son nouvel amoureux, et c’est dans la salle de bains que des bruits étranges, assourdis, à peine perceptibles  vont la plonger dans un malaise qui va aller crescendo: elle croit entendre des échos étranges dans le siphon du lavabo, est victime de phénomènes qu’elle interprète comme une volonté obscure de lui nuire, comme l’eau de la douche qui brusquement devient brûlante; face à ce glissement du quotidien vers l’irrationnel, Adrián affiche une perplexité bienveillante mais qui contribue au phénomène d’isolement de la jeune femme,  traitement classique qui permet, par une forme de contagion identificatoire, de transmettre au spectateur l’intensité d’une phobie découlant d’une forme de surpuissance panoptique de l’espace. Baiz connait ses classiques et nul besoin ici de faire l’inventaire des citations  qui égrenent l’oeuvre, mais les sous-textes hitchcockiens prolifèrent( Suspicion, Shadow of a Doubt, même Psycho avec la scène de la douche), on peut également y trouver l’écho de Hantise de Cukor, et , plus proche de nous, des Griffes de la Nuit de Craven dans la scène de la baignoire. Le personnage d’Adrian, parallèlement, sert à la constitution de ce climat qui épouse la plongée vers une dysphorie progressive: déjà ombrageux au départ, on apprend qu’il ne s’est pas converti au voeu de fidélité, ayant manifestement un penchant à la dragouille : doute supplémentaire qui s’instille, déroute le spectateur, multiplie fausses pistes et hypothèses qui seront invalidées par la deuxième partie du film. En outre, les personnages secondaires des policiers, dans des scènes itératives, qui questionnent Adrian, polarise les questionnements sur la figure masculine: on apprend en effet que Belén a disparu et qu’elle n’a pas donné des signes de vie en Espagne.

Il est temps pour moi de m’insurger, de crier ma hargne et ma haine face aux distributeurs qui ont fait preuve d’une bêtise sans nulle autre pareille en dévoilant ce qui constitue l’originalité du scénario dans la bande-annonce,que j’avais donc, comme je l’ai déjà dit supra, déjà vu. A l’occasion d’un flash-back qui éclaire d’un jour nouveau tout le matériau anecdotique, le film va dévoiler l’explication des phénomènes paranormaux, mettant fin à l’indétermination todorovienne pour le faire basculer radicalement du côté de l’étrange en faisant vaciller les frontières génériques. Comme mes compétences de geek en sont, pour mon plus grand malheur, au stade embryonnaire, j’engage les lecteurs de l’article à ne pas lire ce qui va suivre, puisque je ne sais pas s’il est possible d’utiliser un spoiler sur WordPress.

inside-la-cara-ocultaL’analepse susdite revient au noeud primordial du film et au le personnage de Belén agrandissant les perspectives de la fiction et permettant un virage radical dans le positionnement du spectateur: construit comme un dyptique, le fragment enchâssé traite des relations entre les deux jeunes gens en Espagne, la décision qu’ils prennent de si’installer à Bogotá après qu’Adrián est promu chef de l’orchestre colombien. Sont réitérées les mêmes scènes où l’on perçoit le caractère volage et dragueur du personnage avec une simple substitution du personnage féminin, la structure en miroir va alors devenir centrale. On apprend que, pour mettre à l’épreuve son donjuanesque compagnon, elle va trouver comme auxiliaire la propriétaire de la maison qui lui révèle l’existence d’une chambre cachée qui permettait à son ancien mari, ex-nazi, de se cacher au cas où il aurait été découvert. La pièce en question est séparée de la chambre à coucher par une vitre sans tain totalement hermétique: elle décide donc de monter un stratagème en faisant croire à son départ et elle s’installe dans la pièce. Pour son malheur, elle oublie la clef en refermant la porte derrière elle, ce qui la transforme en une recluse qui va survivre de boîtes de conserve et observer son compagnon, d’abord éploré, puis reprenant du poil de la bête avec sa nouvelle amie dont Belen observe les extases charnelles avec son compagnon. Le dispositif scénaristique, redoublant la manipulation de Belén  par la manipulation du spectateur lui-même se révèle d’une efficacité redoutable, n’eût été la bévue de la distribution qui a gâté, en ce qui me concerne, les trois-quarts de la jouissance du film. Bref, nous sommes obligés, après ce réencodage de la fiction, de réinterpréter l’ensemble et d’y percevoir un thriller moins marqué par le fantastique mais qui repose sur un mécanisme s’appuyant sur un quiproquo tragique qui le réinscrit dans l’univers d’un survival original avec comme ressort un processus d’inversion qui va clôturer le film. Je prèfère ne pas dévoiler la fin, à la fois pour ne pas déflorer l’intérêt du film mais surtout parce-que là est sa grande faiblesse, d’où la déception et la frustration que j’ai ressenties au sortir de la salle.

inside-la-cara-ocultaQue dire finalement de La Cara Occulta? Tout semble reposer sur une trouvaille d’une grande habileté dans le scénario, un certain talent dans la création d’une atmosphère d’oppression que nous partageons tour à tour avec les deux personnages féminins mais sa résolution, extrêmement simplifiée, convenue, téléphonée et réalisée sans aucun talent ne permet en aucun temps de chanter les louanges du film qui retombe dans une forme particulièrement standardisée en revanche il nous incite à suivre de près le réalisateur dans ses prochaines réalisations.

 

 

Date de sortie: 4 Juillet 2012

Duré du film: 1h36mn

Titre original : La Cara oculta

Réalisation : Andrés Baiz

Scénario : Hatem Kraiche Ruiz-Zorrilla & Andi Baiz

Image : Josep Civit

Montage : Alberto de Toro

Musique : Federico Jusid

Interprétation : Quim Gutiérrez (Adrian), Clara Lago (Belén), Martina Garcia (Fabiana)