To Rome with Love,Woody Allen, « unique objet de mon ressentiment »

Rome-with-love-allen    Il est des moments où l’on est rempli de tristesse de voir le sinistre naufrage de la vieillesse s’en prendre à de grands génies. Le vaisseau allenien sombre inéluctablement ici dans les abysses du ridicule, de la laideur et de l’ennui, englouti par des hectolitres de clichés déversés ici sur une imagerie romaine, en face de laquelle la pub pour les pâtes Barilla a tout de l’esthétique bergmanienne. Le générique donne le la de cette accumulation de poncifs avec la scie italienne Volare, à laquelle va bientôt succéder une suite ininterrompue d’images léchées semblant sorties d’un album de Nouvelles Frontières( que l’agence de voyages daigne ici recevoir mes excuses). Fontaine de Trévi, vue du Colisée, campagne italienne baignant dans une lumière huileuse, ruelles romaines avec effets de pittoresque à gogo, volonté de faire dans la couleur locale, tous les défauts et les symptômes , qu’un gériatre devrait analyser en profondeur, que l’on avait relevés dans le dernier navet du new-yorkais cosmopolite  qui fossilisait déjà Paris dans des croquis de cartes postales, se retrouve ici, dans une logique exponentielle du pire.

  L’intrigue est comme une dégradation platonicienne des idées qui trônaient jadis dans le ciel splendide de l’imaginaire du réalisateur: chassés- croisés amoureux, quiproquos à l’origine d’une série de saynètes, émaillées de traits d’esprits, peinture des premiers émois amoureux, tout tombe à l’eau dans une espèce de mélasse insipide où presque tout est à jeter. Malgré la prolifération de gags, tous plus éventés les uns que les autres, hormis peut-être les scènes où le futur beau-père du personnage joué par Allen, ne peut que faire preuve de ses talents pour le Bel Canto qu’en chantant sous la douche, d’où des scènes à l’opéra assez réussies car flirtant avec le nonsense, rien n’est drôle ou, pour être le plus direct possible, le film n’a absolument aucun intérêt. Pur simulacre de l’univers de Woody,  le film ronronne, et le spectateur est souvent au bord de la catalepsie.

Nul.