My Soul to Take, Wes Craven, un Scream sous édulcorant

my-soul-to-take-craven     Pour varier un peu les plaisirs et faire une petite parenthèse horrifique, à défaut d’être enchantée, dans la séquence nippone à laquelle je consacre mes journées, je suis donc allé voir la dernière création cravenienne, qui, en voulant ajouter une autre dimension à l’identification primaire du spectateur -où comment le regard du public épouse la perception générée par la caméra, se posant en sujet privilégié et transcendantal( cf. les analyses de Baudry et de Metz)- par l’ajout du relief, en retranche une autre pour ce qui est de l’identification secondaire( circulation de l’émotion entre le plan spectatoriel et le plan fictif, transfert de l’objet du désir sur la fable cinématographique, etc…) en édulcorant la nature même du sous-genre où il était passé maître: le film de slasher avec un twist audacieux et imprévisible basé une alternance entre des effets de distanciation( bouillonnement intertextuel avec reprise parodique des grands classiques de l’horreur ou hommage à ces derniers par une inflation de citations qui émaillent ses films) et une grande intensité dans cette plongée cruelle dans les profondeurs  de la psyché, véritable cinéma de la cruauté qui met au jour la sadisation de l’homme par l’homme qui se dissimule sous l’épaisseur des conventions sociales et culturelles de cette  Amérique ripolinée et ultra-conventionnelle, où chaque personnage se réduit  à sa fonction narrative au début du film avant de révéler sa part de ténèbres.  Peu de différence , à mon sens, entre le radical, hyperéaliste- et souvent à la limite du supportable que constituait Le Last House on the Left et la série des Scream, qui, par-delà la différence manifeste de leur facture, s’interroge sur le même clivage entre la persona et le désir refoulé.

Voici pour cette petit mise en perspective pour remettre dans le contexte le dernier Craven, visible seulement dans une salle parisienne( le Publicis, pour ne pas le nommer, qui semble s’être fait une spécialité, avec l’UGC Orient Express, d’accueillir, comme l’institution des enfants trouvés, les films d’horreur qui semblent déjà bien handicapés à la naissance, mais ne faisons pas là de mauvais esprit). Comme dans un nombre incalculable de films de slashers, on retrouve la même trame dont Craven propose une nième relecture: un évènement fondateur et traumatique( ici un homme schizophrène, sous l’emprise-ou non- d’une entité démoniaque, qui tue sa femme enceinte sous les yeux de sa petite fille quelque peu perplexe face aux agissements de son paternel), suivi d’une ellipse narrative ( l’éternel « 15 ans après » censé créer l’illusion de l’épaisseur de la durée du refoulement et du « sommeil de la raison qui engendre des monstres », non-dit occulte du secret et hors-champ innommable de la fermentation de le l’horreur) puis nous nous trouvons dans l’univers que Craven affectionne et qui, à tort, le fait passer pour le spécialiste de teen-movies. Nous sommes dans une petite ville de banlieue, archétype interchangeable d’une American way of life de la middle class yankee, présentée à grands renforts de clichés. Derrière l’image publicitaire, ce ne sont qu’humiliations, jeux cruels et rapports d’asservissement: on y voit deux ados( dont l’un va devenir le protagoniste principal du film), innocents et fragiles, maltraités par le jock décérébré de service, autoproclamé séducteur irrésistible et dont le passe-temps favori sont les coups qu’il aime servir aux plus faibles que lui.  Son alter-ego féminin, sorte de Kruella gothique dont la névrose ressort par tous les pores de la peau, et, accessoirement, soeur du héros du film, qui s’entoure d’une cour de midinettes qu’elle terrorise et soumet à ses ordres. En arrière-plan, la fascination qu’opère sur ce groupe d’ados le serial-killer qui est apparu au début du film, et dont la légende prétend qu’il reviendra tuer, avec force outils tranchants,  les enfants nés la nuit où il a été tué par la police( enfin on ne sait pas, car son corps n’a jamais été retrouvé), qui sont précisément les personnages de lycéens dont nous parlons. Je passe sous silence la suite du film, le glissement imperceptible( enfin, pour tout dire, complètement prévisible) vers l’angoisse, la menace oppressante du retour de l’horrible monstre à visage humain, mais il s’agit, pour parler vite, d’une resucée peu convaincante de l’univers de Scream, filmée à la va-comme-je -te-pousse, malgré quelques scènes interessantes, surtout la peinture du personnage principal, dont les zones d’ombre sont effleurées avec une certaine subtilité. Mais le final semble bâclé de toutes parts, quant au  dénouement, attendu, à peine au niveau du train fantôme de la Foire du Trône, il  m’a plongé dans un abîme de désolation consternée. Reste à parler de l’utilisation du relief, qui semble être ici  un artifice qui n’est pas absolument pas intégré au drame filmique mais un simple gadget sans doute pour s’adapter à la vogue actuelle qui consiste à en mettre dans les films, comme une sorte de « valeur ajoutée ».

 

 

il ne semble pas d’humeur accorte…

Bref un Craven plus que mineur, acceptable sans doute lors d’une soirée arrosée entre amis peu regardants( et surtout peu cinéphiles) mais qui mérite d’être enseveli dans l’oubli le plus absolu.

 

 

 

 

 

 

 

Réalisation et scénario : Wes Craven
Décors : Adam Stockhausen
Photo : Peter Deming
Musique : Marco Beltrami
Société de production : Rogue Pictures
Distribution : Universal Pictures
Budget : 25 millions de dollars
Pays d’origine : États-Unis
Langue : anglais
Genre : Film d’horreur, thriller
Dates de sortie: 1er Août 2012

Max Thieriot  : Adam « Bug » Hellerman
John Magaro  : Alex Dunkelman
Denzel Whitaker  : Jerome King
Zena Grey  : Penelope Bryte
Nick Lashaway : Brandon O’Neil
Paulina Olszynski : Brittany Cunningham
Jeremy Chu : Jake Chan