El Campo, Hernán Belón , entre chien et loup

El-Campo-Hernán-Belón

Ce film primé au festival international d’Amiens qui joue habilement avec les codes du cinéma d’horreur en les détournant de leurs fonctions conventionnelles laisse un goût amer d’inachevé et de frustration chez le spectateur, tant le film regorge de qualités indéniables: la subtilité de la mise en scène, la finesse de jeu de l’actrice principale sont ici mises au service de la constitution d’un climat qui donne à voir l’entre-deux des choses, l’ambiguïté des relations humaines notamment dans les dissonances multiples qui prolifèrent dans le film, suggérant comment , sous la plénitude de l’amour, couvent l’irréductible solitude des êtres ainsi que les déchirures intimes sous le vernis du couple.

Un homme et une femme décident donc de quitter Buenos Aires avec leur petite fille pour s’installer  à la campagne, non le cadre bucolique qui correspondrait à la restauration d’un rapport neuf au monde, mais  un lieu grisâtre, indécis, no man’s land régressif dont la maison, délabré et angoissant  va devenir l’habitacle anxiogène. C’est autour de la figure centrale de la femme, Elisa,  que va s’opérer tout une série de glissements psychiques qui vont prendre la forme d’une sorte de prescience négative la séparant peu à peu et irréductiblement  de son époux. L’angoisse va sourdre autour de la  jeune femme et s’étendre à  l’ensemble à du cadre, se matérialisant dans de menus détails qui instaurent une fissure irrémédiable : lente catabase aux degrés imperceptibles qui va volontiers prendre l’apparence de scènes insignifiantes( la voisines envahissante, la scène où le mari se rend compte que la lapine qu’il a tuée à la chasse est enceinte, déclencheur de  la crise de l’héroïne), qui sont surdramatisées par un travail d’étirement du temps filmique et une indétermination dans le point de vue de la narration ( la caméra semble   hésiter en permanence entre un point de vue interne et un regard qui scrute les réactions d’Elisa).

 

El-Campo-Hernán-BelónNéanmoins, peut-être par  manque d’audace et d’absence de radicalité dans le choix formel du film, le film ne convainc pas entièrement comme si le metteur en scène dont c’est le premier film n’avait pas osé explorer jusqu’au bout les errements d’une conscience happée par la déflagration névrotique du doute et multiplier toutes les ressources d’une mise en scène jouant avec une représentation anxiogène de l’espace. C’est dans doute  l’intrigue, la fable elle-même, excessivement linéraire et insuffisamment  construite qui déçoit et ne semble pas à la hauteur du langage filmique. Dommage.