Historias, Julia Murat, fantômes et ectoplasmes

historias-que-so-existem-quando-lembradas-julia-murat    Un film qui a pour cadre un village fantômatique du Brésil entre São Paulo et Rio, peuplé d’humains vieillissants dont la vie est rythmé par des rituels et des souvenirs: le cadre se resserre autour du couple et notamment la vieille femme qui est chargée de préparer quotidiennement le pain, hantée par le souvenir d’un homme qu’elle a passionnément aimé et qu’elle brûle de rejoindre par-delà la mort, en rédigeant à son intention chaque jour une lettre enfiévrée à la lueur vacillante d’une lampe à pétrole. Société close et autosuffisante qui renouvelle son pacte social à travers des scènes répétées assurant l’éternité cyclique de son existence tels la messe dans l’église à moitié délabrée ou le repas du soir précédé de la bénédicité, elle est mise en perpétuelle relation avec des lieux portant la trace de la desaffection ou de l’abandon du monde comme il va: rails abandonnés, environnement rural semi-anarchique, tout cela contribue à une espèce de volatilisation des référents réels flirtant volontiers avec le fantastique et tirant la fiction vers une ambiguïté souterraine dont le plan sur la porte du cimetière sur laquelle est écrite » entrada proibida » semble être le marqueur principal.

      Une jeune touriste décide de passer quelques jours dans le village et se lie progressivement d’amitié avec la vieille dame: elle va ainsi libérer le flux vital qui subsiste chez certains habitants notamment la vieille dame, d’où des séquences où elle la photographie, belle métaphore du souvenir, frêle trace du passé dont il ne reste que la surface, promenades nocturnes réitérées, avec un travail magnifiques sur les extérieurs-nuit, où elle lie connaissance avec un autre membre de cette société exilée du monde, scène émouvante de la fête scandée par des airs traditionnels sorties du phonographe,.. Il y a ici de belles trouvailles, un admirable travail crépusculaire du directeur de la photographie, un sens subtil de la poésie des lieux alliée à une nostalgie quasi-funèbre. On se demande d’ailleurs dans quelle mesure cette communauté n’est pas peuplée de simples fantômes dont le personnage de la jeune fille serait le témoin halluciné et qu’elle ferait revivre par sa force vitale: la fin-ouverte et polysémique-du film pourrait inciter à cette lecture.

Néanmoins, la mise en scène a tendance à s’enliser dans une lenteur souvent assommante, n’exploite pas avec suffisamment d’intensité les figures poétiques qu’elle convoque et ne présente qu’une esquisse, souvent répétitive, d’un univers où le spectateur a tôt fait de se morfondre et c’est bien dommage pour ce film qui aurait pu se révéler d’une intense beauté vénéneuse.

Date de sortie: 18 Juillet 2012

Film franco-brésilo-argentin,

Titre original: Historias que so existem quando lembradas

Réalisation : Julia Murat
Scénario : Julia Murat, Maria Clara Escobar et Felipe Sholl

Avec :

Madalena : Sonia Guedes
Rita : Lisa E. Fávero
Antonio : Luiz Serra
Padre Josias : Ricardo Merkin
Carlos : Antônio dos Santos
Moacir : Nelson Justiniano
Anita : Maria Aparecida
Aparecida : Manoelina dos Santos
Marieta : Evanilde Souza
Zé : Julião Rosa
Hilário : Elias dos Santos
Bruno : Pedro Igreja

Photographie : Lucio Bonelli
Montage : Marina Meliande
Musique : Lucas Marcier
Décors : Marina Kosovski
Costumes : Marina Kosovski et Tatiana Bond
Ingénieur du son : Facundo Giron
Montage son : Waldir Xavier
Mixage : Gilles Benardeau
Bruitage : Florian Fabre

One thought on “Historias, Julia Murat, fantômes et ectoplasmes

  1. Rebonjour, j’ai vraiment beaucoup apprécié ce film (je me suis sentie « zen »). J’en redemande des oeuvres de ce type. Bonne journée.