Jane Eyre, Cary Fukunaga

Jane-Eyre-Fukunaga   Le film, dans sa platitude mièvre et édulcorée, est l’illustration même de la trahison  d’une oeuvre littéraire dans une volonté scolaire et dénuée de toute inspiration de rester fidéle à la lettre et au contenu littéral du texte. Le grand romantisme anglais de Charlotte Brontë , dont la puissance suggestive et le souffle passionnel incendiaire reposait sur le conflit entre le carcan infrangible des conventions morales puritaines et la vérité des émotions humaines, se trouve ici réactualisé dans un mélo d’une fadeur insipide qui accumule à l’envi les plus bêtifiantes séquences  tournées dans une espèce d’esthétique complaisante qui semble une caricature sucrée de l’univers complexe et ambigu de Jane Campion.

   Toute l’intense beauté de Charlotte Brontë se situait dans les interstices du texte, dans ses non-dits, le détour par l’expression presque barbare et déchaînée des éléments naturels, par la présence envahissante de la folie , qu’elle prenne la forme de personnages secondaires signifiants( la femme recluse de Rochester) ou d’un sous-texte permanent qui est comme l’anarchie de l’âme et du corps qui couve sous le vernis des conventions victoriennes. Or, dans cette représentation unidimensionnelle du roman, gigantesque et insipide contresens, la narration montre tout et, ce faisant, ne donne rien à voir: tout le travail sur le hors-champ, les élans souterrains des personnages, sont éclipsés dans une mise en scène plan-plan qui fait penser à un téléfilm d’une extrême médiocrité. La réalisation semble prendre un malin plaisir à transformer en moments invraisemblables ou conventionnels jusqu’au ridicule ce qui était le courant fiévreux qui irriguait la fiction littéraire: une photographie complaisante censée illustrer la grande mélancolie du roman anglais et des passages flirtant avec l’invraisemblable ( la rencontre entre Jane Eyre et Rochester, le moment où elle est recueillie par Jamie Bell et ses soeurs)  On reste surtout agacé en pensant que les spectateurs qui, s’il en est, n’auraient pas lu ce classique et superbe roman, prenne au pied de la lettre cet objet filmique sans aucun intérêt qui revisite paresseusement une oeuvre fondamentalement subsversive en n’en filmant que l’écorce.

L’ensemble est prétentieux et indigeste: une véritable imposture cinématographique malgré les efforts méritoires, et souvent désespérés des deux acteurs principaux pour sauver le film du désastre absolu.

Réalisateur : Cary Fukunaga

. Scénaristes : Moira Buffini

. Casting :

Mia Wasikowska,

Michael Fassbender,

Jamie Bell,

Imogen Poots,

Judi Dench

Photographie: Adriano Goldman

Musique: Dario Marianelli
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Durée :01h55
Titre orginal : Jane Eyre

One thought on “Jane Eyre, Cary Fukunaga

  1. J’en profite pour signaler l’adaptation des Hauts de Hurlevent par la talentueuse Andrea Arnold, réalisatrice de Fish Tank. Je ne pense pas qu’on coure le risque de se coltiner une adaptation scolaire, comme c’est le cas ici semble-t-il. Bonne vacances parisiennes thrasy ! Je vois que tu as eu le courage d’aller voir Schizophrénia ;)